Jane Austen

Comme beaucoup d’auteures de roman féminin, je suis une totale inconditionnelle de Jane Austen.

  • Pourquoi est-ce que j’aime autant ses romans ?
  • Pourquoi ses personnages sont si attachants ? Si vrais ?
  • Pourquoi je me sens concernée, alors qu’elle décrit une société d’un autre temps ?

Le talent de Jane Austen est de nous dépeindre les travers de la bourgeoisie anglaise avec ses parvenus et ses gloires déchues.

La société britannique du XIXe siècle est une société oisive qui vit de ses rentes. Leur quotidien est fait de loisirs, peu d’entre eux occupent un métier. Une de leur principale occupation est de contracter de bonnes alliances afin de conserver le patrimoine familial. Les mariages sont donc d’un enjeu crucial.

Jane Austen nous offre une palette complète de personnages qui œuvrent tous dans ce sens :

  • une douairière acariâtre et manipulatrice,
  • un homme de main servile,
  • de jeunes Lady riches, précieuses et narcissiques,
  • de jeunes Lady pauvres, honnêtes et pleines de bonté,
  • des dandys superficiels et profiteurs,
  • des hypocondriaques,
  • des oncles, des tantes, des neveux, des nièces.

Et au milieu de tout cela,

  • une jeune fille intelligente au caractère clairvoyant
  • et un jeune homme brillant, mais cynique.

Quel est le secret de Jane Austen ?

C’est le fait qu’elle organise la rencontre de deux intelligences au milieu d’un ramassis d’imbéciles, tous plus attachants les uns que les autres certes, mais qui vont s’acharner à contrecarrer l’idylle !

À chaque lecture j’attends et j’espère de quelle manière le couple va parvenir à se retrouver malgré la bêtise de leurs proches et le carcan oppressant de la bonne société anglaise.

Orgueil et préjugés

Orgueil et préjugés est le roman le plus connu de Jane Austen. Elle y dépeint une famille de noble établit à la campagne avec cinq filles à marier, les fameuses Bennet. La mère de celles-ci est une femme grossière issue de la petite bourgeoisie et qui s’est élevée grâce à son mariage avec Lord Bennet. Quand elle décide de prendre les choses en main pour marier ces deux aînées, elle accumule maladresses et impairs dans la bonne société.

Et c’est bien à cause de ces mauvaises manières, que la première impression du très hautain et respectable Lord Darcy se forge négativement à l’encontre des filles Bennet.

A cela viendront s’ajouter un cousin obséquieux et fayot, une douairière acariâtre et autoritaire et un dandy séducteur et manipulateur pour troubler les sentiments contradictoires que ressent Elisabeth pour Darcy.

De quelle manière Elisabeth viendra-t-elle à bout des préjugés de Darcy ? De quelle manière Darcy soignera-t-il l’orgueil blessé d’Elisabeth ?

Colin Firth dans Sir Darcy

Sanditon

Sanditon est un roman inachevé. Jane Austen mourut alors qu’elle achevait le onzième chapitre. Bien plus tard, une autre écrivaine termina l’oeuvre en se rapprochant le plus près possible de l’esprit de l’auteure.

Bien qu’Orgueil et préjugés soit l’oeuvre la plus aboutie de Jane Austen, j’ai une affection toute particulière pour ce dernier roman.

Là encore, on retrouve une palette de personnages truculents et savoureux :

  • une douairière autoritaire et avare,
  • un dandy superficiel et sot,
  • d’indispensables frères et sœurs hypocondriaques et hyperactifs,
  • une obsession pour les bienfaits du bord de mer,
  • une belle et gentille prétendante désargentée,

Et au milieu de tout cela :

  • Une jeune Lady bienséante, observatrice et raisonnable,
  • Un jeune Lord provocateur, moqueur et manipulateur.

Dans ce roman, Sir Sydney Parker n’a de cesse de défier Charlotte à aller au delà de ses limites vers des expériences “superflues”. Il se moque ouvertement du caractère pondéré et prudent de la jeune fille, qui elle-même lui reproche son manque de sérieux et de constance.

Extraits

Sidney les interrompit à nouveau, les appelant cette fois pour admirer une boîte particulièrement laide que venaient d’acheter ses sœurs. Elle était entièrement recouverte de ces coquillages que Miss Lambe avait qualifiés de lourds et d’ordinaires, et portait sur le couvercle l’inscription “Brinshore” en galets minuscules.

Tandis que Sir Edward en décrivait “l’aspect frangible” qui masquait “une construction adamantine” et se creusait la cervelle à la recherche d’une citation appropriée, Sidney fit passer la boîte de main en main, en silence, pour la faire examiner. Les demoiselles Beaufort s’accordèrent à la trouver exquise; Miss Denham pensait qu’il fallait inciter les gens du village à fabriquer des boîtes semblables avec l’inscription “Sanditon”. Miss Brereton admit que l’objet était joli; Miss Lambe se troubla et, en murmurant que c’était “très intéressant”, se renferma dans son mutisme habituel. Heureuse de n’avoir dû formuler aucun commentaire pendant que la boîte était dûment vantée par tous les autres, Charlotte comprit un peu tard que Sidney ne les avait pas attirées dans le groupe uniquement pour leur témoigner des égards.

“Je crois que nous n’avons pas encore entendu l’opinion de Miss Heywood”, dit-il avec un salut poli dans sa direction; elle se rendit compte ainsi qu’il ne l’avait laissée tranquille à propos des tableaux d’algues que pour mieux la piéger, de façon plus amusante encore, sur le sujet des boîtes en coquillages.

Charlotte regrettait à présent de tout son cœur d’avoir manqué l’occasion d’imiter le “très intéressant” presque inaudible de Miss Lambe. Elle commença à balbutier que, naturellement, bien entendu elle avait déjà donné son avis, mais elle constata qu’elle ne pouvait plus longtemps éviter de le faire publiquement car Sidney avait suspendu la conversation générale en s’avançant vers elle et en lui tendant la boîte. Elle lui jeta un regard furtif, vit l’amusement qui brillait dans ses yeux et dit avec dignité : “C’est extrêmement joli.

– Vous ne diriez pas que c’est un objet… superflu ?

– Pas du tout en ce cas”, répondit-elle, en se mordant la lèvre pour s’empêcher de rire.

Elle était prête à concéder que Sidney l’avait emporté mais elle refusa de reconnaître ouvertement sa victoire en le regardant. Elle maintenait son regard fixé sur la boîte, résolue à conserver au moins son droit à cette modeste indépendance. Mais également résolu à imposer sa volonté à tous ceux sur qui il lui plaisait de l’exercer, Sidney restait debout devant elle, jusqu’au moment où, soudain embarrassée de se savoir observée par tous, dans un élan de confusion qu’elle fut incapable de surmonter, Charlotte céda et leva de nouveau les yeux.

Elle avait souvent trouvé exaspérante l’expression narquoise du regard de Sidney et elle avait bien l’intention de lui opposer un air de sérieux innocent et inexpressif. Mais avant qu’elle ait pu se maîtriser, elle découvrit qu’elle lui souriait involontairement et elle admit, exaspérant ou non, que le regard moqueur de Sidney était devenu pour elle irrésistible.

A ce moment, alors qu’ils se souriaient, Charlotte eut conscience de plusieurs sentiments contradictoires, dont les principaux étaient ceux-ci : elle se reprochait de n’avoir pas su commander à ses propres actions, elle se réjouissait que Sidney eût remporté sur elle cette victoire mineure, elle éprouvait à la fois du plaisir et de l’embarras, un étrange mélange de trouble et de satisfaction – surtout, un désir puissant et joyeux de chanter et de crier qui lui faisait sentir qu’elle s’aventurait dans un univers tout à fait inconnu.

Sanditon, Jane Austen

Et bim ! Elle est amoureuse ! C’est le combat de regards le plus romantique de la littérature ! Je ne pouvais pas résister au plaisir de le partager avec vous.

Laetitia

Elle a consacré ses études et une partie de sa carrière à comprendre ce qui faisait d’une histoire, une « bonne » histoire. Quelles en étaient les composantes structurelles ? Comment s’architecture un récit ? Quels sont les ingrédients indispensables ? De l’idée à la rédaction, elle a mis au point une méthode d’écriture qui s’appuie sur des approches scénaristiques anglo-saxonnes, sur un marketing d’auteur 3.0 et sur des outils de coaching empruntés aux neurosciences. Avec ce procédé, elle offre aux auteurs l’opportunité d’écrire la « meilleure » histoire de leur vie.

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